vendredi 8 avril 2016

2002 Gibraltar

Mardi 17 septembre 2002


Nous sommes partis d’Argentat, en Corrèze, dimanche 15 septembre, dans notre nouveau fourgon Boxer Peugeot aménagé en camping-car.
En provenance de Sète, nous avons passé la nuit dans un camping à Villerouge-la-Crémade (Aude), dans les Corbières.

Trajet à travers les Corbières, le plateau de Sault et la haute chaîne des Pyrénées.
Vers 14h, nous arrivons en Andorre. Nous traversons la principauté.
A 15h30, nous passons en ESPAGNE.
Depuis le 1er janvier 2002, l’Espagne, comme la France, utilise l’euro comme monnaie européenne unique. La zone euro, créée en 1999 par onze pays (rejoints par la Grèce en 2001) regroupe les Etats de l'Union européenne qui ont adopté l'euro. [
L’arrivée de l’euro simplifie le passage de la frontière, bien que le contrôle douanier subsiste à la sortie de l’Andorre. Il n’y a plus besoin de changer de l’argent.  
Nous faisons route dans la Communauté autonome de Catalogne (province de Lleida). Nous traversons la contrée de l’Alt Urgel, pour atteindre à 18h un petit camping près d’Artesa-de-Segre.
Un peu perdu au bout d’une route étroite, il est situé au bord d’un ruisseau à courant rapide.
Quelques tentes et caravanes sont éparses sous les arbres. Nous nous installons au bord de l’eau, en déroulant l’auvent. Des bergeronnettes des ruisseaux sautillent de roche en roche au milieu du torrent en balançant leur longue queue… 

Mercredi 18 septembre 2002

Départ du camping à 10h30. 
Nous traversons l’Aragon, des plateaux pyrénéens jusqu’à Zaragoza (Saragosse), région de transition entre les Pyrénées et les sierras ibériques. On y circule depuis peu sur de larges routes, souvent bien meilleures qu’en France.
On s’arrête dans la nature vers midi, d’où l’on a une belle vue sur les plateaux aragonais. Nous déroulons l’auvent, pour faire sécher la toile.


Nous entrons en Castille.
La Castille est une région historique du centre de l'Espagne. Elle tire son nom de l'ancien royaume de Castille. Aujourd'hui, cinq communautés autonomes occupent l'espace géographique de la Castille dont la communauté de Madrid.

Nous parvenons en soirée à proximité de Madrid. Nous atteignons, au nord-est de la ville, le camping Osuna à 18h45. La partie ombragée par des pins et des acacias est occupée par une population bruyante de Gitans. Bruits combinés du chemin de fer et de la route. Nous nous installons un peu à l’écart, après nous être disputés sur l’endroit idéal à choisir : « c’est pas plat, y a pas d’herbe, etc. »

Jeudi 19 septembre 2002

A 500 mètres du camping, une station de métro. Réseau excellent et rapide pour se rendre au centre-ville.
Nous allons passer la journée à MADRID.
La ville unit les paradoxes et se joue des extrêmes. Sans parler des températures, c’est une capitale qui ne s’est pas imposée d’elle-même mais qui a été imposée. En 1474, Isabelle la Catholique se fait proclamer reine de Castille. Le processus est lancé, qui fera de la Castille le centre des royaumes d’Espagne et de Madrid la capitale de la Castille.
Durant la guerre civile 1936 - 1939, Madrid résista à toutes les attaques franquistes et fut l’une des dernières villes à se rendre.
Le matin, les rues sont désertes.
Le centre historique, le vieux Madrid, est grand comme un mouchoir de poche.
La « puerta del Sol » est une des grandes places de la ville. De l’ancienne porte médiévale, il ne subsiste rien si ce n’est le nom qui provient d’un cadran solaire figurant jadis sur l’un des édifices. Aucun charme particulier, mais lieu de promenade des Madrilènes.
Nous dirigeons nos pas vers le Palais royal.
Construit à partir de 1738 sur les ruines de l’ancien alcazar des rois de Castille du IXe siècle, c’est un palais au charme austère de style néo-classique.


Nous visitons le palais de 11h30 à 13h30. L’ensemble monumental est divisé en trois parties : le palais proprement dit, la place d’Armes au centre et la nouvelle cathédrale Santa María la Real de la Almudena.

Repas dans un petit restaurant, « Costa del Sol », indiqué par le Guide du Routard, copieux, bien cuisiné et bon marché.
Dans l’après-midi, nous gagnons la plaza Mayor . Construite en 1619, elle remplace un ancien marché. Elle fut un des centres les plus actifs du Madrid du XVIIe siècle. Des spectacles de tous genres s'y tenaient : des corridas, des jugements de l'Inquisition (avec ses bûchers) ou différents actes publics auxquels assistait la foule depuis les balcons qui la surplombent. C'est le site central de Madrid, très animé, lieu de rendez-vous populaire, quand la place est envahie de terrasses. On y découvre la Casa de la Panadería, l’un des bâtiments les plus emblématiques de la place, facilement reconnaissable grâce aux fresques qui décorent sa façade, entre les deux tours. 


Pour l’heure, ce sont les pigeons qui tiennent le pavé, s’ébrouant dans les flaques d’eau, devant les chevalets des artistes-peintres.


La plaza de la Villa est une charmante petite place à l’allure provinciale avec trois styles différents (gothique, plateresque et style du XVIe siècle caractéristique de la Maison d’Autriche).


Un peu plus bas, on atteint l’église San Miguel avec son étroite façade baroque italien.
Dans les quartiers du centre, on trouve de belles plaques de rues et de somptueuses façades en azulejos, carreaux de faïence vernissée. C’est le cas du bar à bière La Fontanilla et la taberna El Madroño.















La cava Baja est la rue des plus vieilles auberges de Madrid.
Le quartier de Lavapiès, au sud de la vieille ville, a conservé son caractère populaire. On descend la calle de Mesón de Paredes, bordée de « corralas » (cours entourées de galeries avec montants et balcons en bois). On s’arrête boire un verre en terrasse d’un petit bar.

Par le métro, nous sommes de retour au camping à 18h45.

Vendredi 20 septembre 2002

Nous quittons le camping à 10h45.
Nous faisons route vers l’Estrémadure, une communauté autonome du sud-ouest de l’Espagne. C’est une région essentiellement rurale, découpée de sierras, où poussent vergers, vignes et oliviers. Forêts de chênes-lièges à perte de vue où sont élevés les porcs.
Nous traversons le Río Tajo (le Tage, le plus long fleuve de la péninsule ibérique).

Nous atteignons vers 15h30 Cáceres, une ville classée au patrimoine de l’humanité.
Exceptionnelle richesse de monuments arabes et chrétiens. Encerclée de remparts almohades, la vieille ville regorge de manoirs, palais et églises, datant essentiellement des XVe et XVIe siècles. Et même pas de cars de touristes et de boutiques de souvenirs !
Les remparts franchis, tous les édifices attirent l’attention. Depuis la majestueuse plaza Santa María, on se perd dans les ruelles, d’églises en palais. 


Le palais de los Golfines de Abajo réunit les styles gothique, mudéjar et plateresque. Les Rois Catholiques y avaient élu domicile lors de leurs séjours dans la ville.


Contraste entre l’austérité noble du quartier historique et la blancheur de l’ancien quartier juif de San Antonio. Porte close devant la casa-museo arabe, une maison ancienne au passé arabe.
Hors remparts, sur la plaza Mayor, on replonge dans la ville moderne, bien différente.

Nous roulons en direction de la frontière portugaise jusqu’à Alcántara, sur le río Tajo. On franchit le Tage par un pont romain. Là, nous suivons les indications qui nous mènent à un camping, sur une colline dominant le fleuve. Nous  l’atteignons à 20h. Le soleil disparaît derrière de gros nuages menaçants.


Samedi 21 septembre 2002

Nous entrons au PORTUGAL à 11h20 (10h20, heure portugaise).
C’est maintenant un pays de la zone euro, par ailleurs membre de l’espace Schengen, comme l’Espagne. Il y a donc libre circulation des personnes dans les frontières internes des Etats membres. Plus de contrôle à la frontière sur le río Erjas.
La route remonte vers la ville de Segura.
Trajet dans l’ancienne province du Beira Beixa (dénomination encore vivace dans le langage courant, bien que seuls les districts aient une existence officielle), par Castelo Branco, ancienne ville fortifiée située sur la route des invasions.

Nous roulons jusqu’à Fátima.
Le 13 mai 1917, et le 13 des mois suivants, trois petits bergers virent la Vierge Marie. Cette supposée apparition a donné naissance au sanctuaire de Notre-Dame de Fátima, lieu d'un célèbre pèlerinage catholique.
De 16h15 à 18h30, nous visitons le site. C’est le Lourdes portugais. Les pèlerins se rassemblent sur la Cova, une gigantesque esplanade sur laquelle fut construite une petite chapelle où la Vierge est supposée être apparue aux jeunes bergers. Des cierges de toute taille sont jetés directement dans un brasier qui en répand la fumée et l’odeur dans la cité. On vend et on brûle des membres en cire - pieds, jambes, même poupons entiers - !
De l'autre côté de l'esplanade s'élève une imposante basilique, de style néo-classique, avec une tour centrale de 65 mètres de haut. Dans la basilique on peut voir les tombes de deux des trois bergers.
Francisco et Jacinta Marto moururent respectivement en 1919 et 1920, et furent béatifiés en 2000. La troisième, Lúcia dos Santos, est actuellement religieuse à Coimbra*. Celle qui devint plus tard Sœur Lucie a décrit avec détail les scènes dont elle avait été le témoin. Elle raconta par écrit les messages délivrés par la Vierge Marie qui furent ensuite reconnus par l'Eglise comme « les 3 secrets de Fatima ».
Après la visite du sanctuaire, nous suivons à pied le chemin de croix qui emprunte le parcours que les enfants prenaient pour aller d'Aljustrel à Cova da Iria, l'endroit des apparitions.
Séparé d’environ deux kilomètres de Fátima, le hameau d’Aljustrel abrite les familles Dos Santos et Marto, dont sont issus les pastoureaux. On peut visiter les deux maisons où habitaient les enfants et, un peu plus loin, à Valinhos, lieu de la 4ème apparition de Notre Dame au mois d'août, un calvaire au bout du chemin de croix.
Au retour, on se promène dans les rues de la ville. Un nombre considérable de magasins de souvenirs religieux propose tout et n’importe quoi. Bras et jambes en vitrine, par exemple !

Après cette plongée dans la religion, nous rejoignons le fourgon et nous roulons vers Tomar. Nous nous installons au camping municipal, à côté du stade, tout près du centre-ville.

* Elle décédera le 13 février 2005.

Dimanche 22 septembre 2002 

Le matin, nous visitons le « convento do Cristo », à Tomar.
Sur la colline surplombant la ville, enfermé dans des remparts du XIIe siècle, le couvent comprend sept cloîtres, un niveau jamais atteint dans l’exubérance architecturale.


Les Templiers occupèrent les lieux pendant 200 ans avant d’être évincés à la fin du XIVe siècle par un autre ordre, la Milice du Christ, dont le gouverneur fut Henri le Navigateur.
Le couvent exprime aujourd’hui ce que fut la splendeur et la richesse de cette époque.
Dans la cour intérieure, entouré de verdure, un patio en azulejos.


Le terme d'azulejos désigne un ensemble de carreaux de faïence assemblés en panneau mural. On les trouve de longue date dans les intérieurs de bâtiments mais aussi en revêtement extérieur de façade. Cet art  a été importé par les Maures dans toute la péninsule ibérique. Il s'est particulièrement développé au Portugal et dans ses anciennes colonies.
Superbe entrée d’église évoquant Salamanque (cf. 7 avril 1986).


Des couloirs mènent à différents cloîtres aux arcades gothiques et frises flamboyantes, avec patios fleuris.
Nous accédons au Grand cloître et à ses terrasses. Panorama exceptionnel sur le couvent et toute la région. Depuis le petit cloître de Sainte-Barbe, on aperçoit la plus célèbre fenêtre du Portugal : la « fenêtre de Tomar », fascinante sculpture manuéline réalisée en 1510. 


Art au « summum du délire végétal ». Nœuds, tortillons, entrelacs, racines emmêlées. La mousse dévore la pierre. 


Le style manuélin doit son nom à Manuel Ier qui monta sur le trône en 1495, à l’époque des grandes découvertes. Ce style disparaîtra aussi vite qu’il s’était épanoui, à la mort du souverain.

L’après-midi, nous continuons jusqu’en Estramadoura. Nous passons à Caldas-da-Rainha, capitale de la faïence et de la céramique, avec son parc thermal. 
Nous faisons halte à Óbidos, petite ville médiévale préservée, entourée d’impressionnantes  murailles.
Ce soir, les touristes sont partis. Nous parcourons les ruelles étroites pavées de galets ronds, aux blanches façades fleuries. 



Par quelques escaliers, nous gagnons le chemin de ronde. Le soleil se couche sur les remparts. Viviane est irrésistiblement attirée par les échoppes encore ouvertes, pour un peu de shopping.

Par une route parsemée de jolis moulins à vent, nous gagnons la côte atlantique. Nous nous installons à Peniche au camping Peniche Praia, un peu étroit et resserré sur lui-même. Heureusement, il n’y a presque personne.
Plus tard, nous ferons une petite promenade de l’autre côté de la route, le long de la falaise, dans une lande sauvage.

Lundi 23 septembre 2002

Le matin, avant de partir, on fait une incursion au « cabo (cap) Carvoeiro », à la pointe de la presqu’île. Côtes déchiquetées, falaises rocheuses battues par les vents.
Après quelques courses à Peniche, nous roulons vers le sud, le long de la Costa de Prata.
Nous nous arrêtons à 13h30 pour manger dans le Boxer, sur un emplacement surplombant l’océan Atlantique, à hauteur d’Ericeira. Par un ponton de bois, il est possible de gagner la plage en contrebas. Nous restons sur place jusqu’à 16h10 (sieste et lecture dans la voiture).
A 17h45, nous atteignons le nord-ouest de Lisbonne. Nous nous installons dans un camping au parc floral de Monsanto. Cadre agréable sous les pins, mais bruit de fond des voitures des autoroutes environnantes.

Mardi 24 septembre 2002

Nous rejoignons LISBOA (Lisbonne) en autobus. Nous passons la journée en ville.
Une des rares capitales européennes à être un port de mer, la ville bénéficie d’une situation exceptionnelle sur le Tage qui forme un immense lac intérieur dont elle contrôle l’issue vers l’océan. Depuis une quinzaine d’années, Lisbonne se refait une beauté. Effet de la manne de l’Union européenne. L’Exposition universelle de 1998 l’a faite passer presque d’un seul coup du XIXe au XXIe siècle.
Le bus nous dépose au centre de la ville, le Rossio. Ce quartier était déjà le cœur de la ville au Moyen Age.
La praça de Dom Pedro IV vient de connaître une refonte totale. On trouve dans ses parages un condensé des petits métiers de la rue, des vendeurs de billets de loterie aux cireurs de chaussures. Commençant la visite de la ville, il faut d’abord regarder… sous ses pieds ! Lisbonne enchante non seulement par l’éclat de ses façades, vernissées d’azulejos, mais aussi par son pavage en noir et blanc, une association de basalte et de calcaire.


On ne peut éviter l’ « elevador  de Santa Justa », un ascenseur incongru qui ne sert absolument à rien !


Œuvre d’un élève d’Eiffel, le bel ascenseur est construit en fer forgé. C’est l’unique monument néogothique de Lisbonne. Une cabine ascenseur nous permet d'accéder tout en haut à un belvédère, où se trouve un café et où l’on a une belle vue sur Lisbonne ainsi que sur le couvent des carmes, derrière, ravagé par un incendie, dont l’accès est fermé. C'est un édifice parfaitement entretenu dans le style de l'époque, même le poinçonneur de ticket ne fait pas exception ! Il était conçu pour relier la Baixa (« ville basse ») au Bairro Alto, deux quartiers de Lisbonne.

Au sud du Rossio, s’étend la Baixa, quartier au plan régulier, avec des rues à angle droit. C’est là que le tremblement de terre de 1755 frappa le plus durement. Le raz de marée qui s’ensuivit anéantit la ville. La catastrophe bouleversa Voltaire qui l’a retranscrite dans « Candide ». Le marquis de Pombal fit reconstruire le quartier avec des normes et des matériaux antisismiques  suivant un plan à damier.
Sur la mer, la praça do Comércio est  bordée d’édifices avec galeries à arcade, d’un arc de triomphe et d’un ponton monumental sur le Tage.
Nous flânons maintenant dans le Bairro Alto. C’est un vieux quartier populaire en pleine mutation. 


Boîtes à fado, troquets d’avant-guerre, rues chaudes et nombreux petits restos. Rues aux façades usées et aux balcons fleuris, avec le linge qui pend des fenêtres. 


Eclat des façades recouvertes d’azulejos aux milles carreaux vernissés.



Pour manger à midi, le GdR nous propose le Fidalgo. On y va ! Petit resto qui se veut à la bonne franquette, avec un mur garni de bouteilles, des affiches de spectacles et quelques vieux accessoires pour une clientèle des médias.

L’après-midi, nous parcourons le quartier de l’Alfama. C’est le seul quartier de Lisbonne ayant survécu au tremblement de terre de 1755, et même à l’Exposition universelle ! (GdR)
Quartier populaire et pittoresque, et le plus ancien. C’est un réseau inextricable de ruelles tortueuses, de volées d’escaliers, de passages voûtés, de cours intérieures, de minuscules patios fleuris et de venelles ne menant nulle part…
Le fado, ce chant mélancolique et langoureux, est né dans les tavernes miteuses de l’Alfama au XIXe siècle.


Avant de descendre vers les docks, nous visitons la cathédrale aux allures de forteresse romane et son cloître. Dans la rue dos Bacalhoeiras, nous retrouvons la circulation et les tramways.
Ces vieux trams rouges ou jaunes appartiennent à la mémoire de la ville. En tôle et en bois clair, semblables à des boîtes de conserve ou à des aquariums bigarrés, ils arpentent les rues pentues et se signalent d’un coup de clochette.


En bas de l’Alfama, d’anciens docks ont été réaménagés et abritent des cafés ouvrant leurs terrasses sur le Tage. Les jambes se font lourdes. Nous y faisons une halte.
On va devoir retraverser la ville. Sur le Rossio, dans la rue Portas de Santa Antão (une rue piétonne très animée), on découvre un palais mauresque du XVIIe siècle qui se cache derrière un porche anonyme.
Nous sommes de retour au camping à 18h.

Mercredi 25 septembre 2002 

On quitte Lisbonne vers le sud, par un pont sur le Tage.
On fait route à travers la province de l’Alentejo.
Grenier à blé du pays, premier producteur mondial de liège, l’Alentejo est pourtant faiblement peuplé. Le climat est rude : glacial et venté l’hiver, torride et poussiéreux l’été. Ce fut le pays des latifundia, immenses propriétés dirigées par une poignée de seigneurs tout-puissants. Lors de la révolution des Œillets, les paysans ont imposé une importante réforme agraire. Cependant on assiste à un lent processus de restitution des terres à leurs anciens propriétaires…
La route passe à Setúbal, contourne l’estuaire du Sado et se dirige au sud, parallèlement à la côte atlantique.
Les chênes-lièges et les cistes donnent un peu de contraste aux collines jaunies par la canicule de l’été. Les cités traversées sont chaulées de blanc. Après Odemira, la côte ouest subit les vents froids de l’Atlantique. Paysages de falaises déchiquetées.

Contournant par l’ouest la serra de Monchique, la route nous mène jusqu’à l’Algarve, une région qui couvre tout le sud du Portugal. Elle fut la région la plus occidentale conquise par les Maures.
Nous arrivons en soirée à Sagres, au cabo de São Vicente, à l’extrême sud-ouest de l’Europe. (9° longitude ouest - 37° latitude nord).
Pointe mythique, autrefois vénérée par les Phéniciens et les Romains et considérée au Moyen Âge comme la fin du monde, le Cap São Vicente attire aujourd’hui les touristes. Baies profondes et promontoires. Les falaises sont impressionnantes et déchiquetées, où les vagues viennent se briser aux pieds des rochers. 














Elles sont dominées par un phare sur les roches de couleur rouge vin avec lesquelles on fabrique de la poudre de terracotta


Nous dormons au camping Orbitur dans une pinède, sur la lande. Rien de formidable, comparé à l’environnement qui, lui, est superbe.
                                                                  
Jeudi 26 septembre 2002

Au matin, nous visitons la forteresse de Sagres. Il reste peu de traces de toute l’activité de ce grand lieu de l’Histoire. Dans la cour, une immense rose des vents dessinée sur le sol est laissée à l’abandon. Au XVe siècle, l’infant Henri le Navigateur y installa son école de navigation. C’est ici qu’une équipe de savants, géographes, marins et astronomes prépara les grandes expéditions maritimes du Portugal. 
Les remparts restants, bâtis selon les principes de Vauban, datent du XVIIIe siècle. Un affreux crépi défigure la forteresse.
Construit sur un promontoire rocheux, c’est surtout le site qui est impressionnant.
Nous faisons une balade sur la lande au-dessus des falaises. Le paysage est dépouillé, sauvage, parcouru par des goélands criards.

Vers midi, nous mangeons à Sagres sur la terrasse du restaurant Tasca, surplombant le port de pêche et les bateaux en cale sèche : poissons et fruits de mer.
L’après-midi, nous traversons l’Algarve le long de la côte atlantique en direction de l’est.
C’est une région de tourisme de masse. Concentration de gens, usines à loisirs, bétonnage.
Mais il reste l’ocre des falaises, le blanc de la chaux qui badigeonne les murs des maisons de pêcheurs. Petites villes  et charmants villages dont les toits aux cheminées ouvragées rappellent la lointaine  présence sarrasine. Des maisons aux toits en terrasse évoquent l’Afrique du Nord.
On passe à Faro, Tavira. On atteint Vila Real de Santo António. C’est la ville de la frontière, point de passage pour traverser le rio Guadiana, le fleuve qui sépare le Portugal de l’Espagne.
On entre en ESPAGNE à 17h35 - heure espagnole - par Ayamonte.
Nous sommes maintenant en Andalousie, sur la Costa de la Luz. Villages blancs, terre rouge, ciel désespérément bleu ! Malheureusement, comme le Portugal, l’Andalousie a saboté une partie de sa côte.
Nous nous dirigeons vers Punta Umbría, un village séparé du port et de la zone industrielle de Huelva par une longue pointe de terre gagnée sur les méandres des rios Odiel et Tinto. C’est du petit port de Palos de la Frontera que Christophe Colomb partit à la découverte de la Chine.

Pour ce soir, nous faisons halte au camping Playa La Bota, un grand camping aux emplacements harmonieusement insérés dans la verdure.
A la tombée de la nuit, nous faisons une petite balade à pied. Nous traversons un cordon dunaire protégé pour atteindre la plage, superbe et déserte. Viviane ne résiste pas au plaisir de marcher pieds nus sur le sable…















Vendredi 27 septembre 2002 

Nous quittons le camping vers 10h45.
Nous empruntons une petite route le long de la côte vers le parc national de Doñana.
Classé depuis 1969 par l’Unesco réserve de la biosphère et patrimoine de l’humanité, le parc national est un des plus grands sites naturels protégés d’Europesitué sur la rive droite du Guadalquivir au niveau de son estuaire sur l'océan Atlantique. Les milieux naturels y sont extrêmement variés et l'on peut passer en quelques kilomètres de dunes, tantôt stables, tantôt mobiles, à des marais secs ou humides. Les maquis boisés de chênes-lièges ou d'oliviers contrastent également avec les lagunes à faible niveau d'eau. C’est un paradis d'hivernage pour plus de 500 000 oiseaux d'eau ainsi que le dernier refuge du lynx ibérique.
Le parc national est entouré d’un parc naturel jouant le rôle de zone-tampon. Il est largement plus accessible et rassemble des milieux de haut intérêt : matorral, somptueuses dunes stabilisées, vastes pinèdes, zones agricoles inondables.
Nous y faisons une incursion. Les dunes rendent Viviane d’humeur batifole…
Quittant le parc, nous faisons route vers le nord. L'agriculture intensive est devenue une nouvelle menace. Epuisement des sols, assèchement des zones humides, empoisonnement chimique. Le parc est en effet maintenant environné par 5000 ha de culture industrielle de fraises, dont une grande partie exportée vers la France.

Dans l’après-midi, nous nous dirigeons vers Séville. Plutôt galère pour trouver un camping. Le Routard nous indique le camping Villsom à Dos Hermanas, à 12km au sud de la ville. Après quelques difficultés pour le trouver, on y arrive vers 15h.
Par la suite, nous prenons un bus pour nous rendre à Séville.
La chaleur est encore intense.
C’est le cœur de l’Andalousie. Du départ de Christophe Colomb en 1492 à l’exposition universelle de 1992, Séville a fait sa place dans l’histoire, cité phare où les cultures chrétienne et musulmane ont vécu en cohabitation.
Nous parcourons le vieux quartier historique Santa Cruz.
L’Alcázar, sur la plaza del Triunfo, est un joyau architectural.
Curieusement, ce chef-d’œuvre ne fut pas construit par les Arabes mais par les conquérants chrétiens qui copièrent le style de leurs prédécesseurs. C’est ce qu’on appela le style mudéjar. Isabelle la Catholique et Charles Quint y vécurent.


De l’autre côté de la place, la cathédrale et la Giralda. Comme beaucoup d’autres édifices catholiques de la région, celui-ci fut bâti sur l’emplacement d’une mosquée, en l’occurrence celle des Almohades. De cette époque ne subsistent que la Giralda et quelques murs. La Giralda est la grande tour superbement sculptée qui domine la cathédrale. C’était autrefois le minaret de la grande mosquée. Les catholiques ne l’ont pas abattu, bel exemple de la cohabitation qui existait aux XIIe et XIIIe siècles entre chrétiens et musulmans.


Indications d’horaires fantaisistes. C’est déjà fermé !
Des gitanes essayent de vous racketter en échange d’un œillet qu’elles vous placent de force à la boutonnière…
Nous allons maintenant nous perdre au hasard des belles rues tortueuses du  barrio de Santa Cruz .


Ruelles pavées, places bordées d’orangers, superbes patios, maisons aux couleurs chaudes ou blanchies à la chaux avec des fenêtres protégées par des grilles en fer forgé, bars à tapas et bars à vin…
Alors que la chaleur décline, nous traversons les jardins de l’Alcázar, témoins du génie arabe ; nous regagnons la plaza de España où nous prenons un bus qui nous ramène au camping pour 19h.
Douceur des nuits andalouses…

Samedi 28 septembre 2002

Départ à 9h du camping, vers le sud de la vallée du Guadalquivir, « campiña » couverte de céréales, de champs de coton, de vignes et d'oliveraies. La plaine du Guadalquivir concentre la culture du coton  pratiquée dans de grandes exploitations agricoles. Le cotonnier bourgeonne, porte des fleurs et des fruits en même temps, aussi la récolte dure t’elle plusieurs mois. Le fruit du coton est une capsule à cinq loges, masses d’ouate formées par l'enchevêtrement des fibres des graines. La récolte se fait à maturité des fruits lorsque les capsules éclatent et libèrent les fibres. Je m’arrête en bord de route pour cueillir un de ces fruits d’ouate que nous ramènerons à la maison.
Nous sommes également dans une partie de la vallée où sont élevés les taureaux de combat, pour les rites barbares de la corrida…
Nous faisons halte à Sanlúcar de Barrameda à l’embouchure du Guadalquivir, sur sa rive droite. On stationne au bord du fleuve. J’essaie d’observer des oiseaux mais on n’est pas vraiment sur la bonne rive…

Poursuite du trajet vers le sud, sur la Costa de la Luz. Nous passons au large de Cádiz (Cadix), contournons Tarifa. Nous avons atteint le détroit de Gibraltar.
Nous traversons Algeciras (ville sans intérêt, désolante et glauque). C’est le grand port vers le Maroc. Sur les collines environnantes, des champs d’éoliennes à foison…
A 15h, nous arrivons à La Línea de la Concepción, ville-frontière avec Gibraltar.
Nous garons le fourgon sur une grande avenue près de la frontière et entrons à pied à Gibraltar, colonie du ROYAUME-UNI, un territoire de 6 km².

Gibraltar fut le premier point de la conquête musulmane en Espagne. C’est un territoire d'outre-mer du Royaume-Uni depuis 1704, reliquat de l’ancien Empire britannique.
Les Britanniques ont maintenu dans le passé une présence militaire importante à Gibraltar. Cette présence est à présent réduite, mais il en reste encore beaucoup de traces. Bien que la majorité de sa population y soit opposée, Gibraltar est revendiqué par l'Espagne. La question de Gibraltar est une cause majeure de dissension dans les relations hispano-britanniques.
Durant la Seconde Guerre mondiale, les Alliés y concentrent leur flotte pour débarquer en Afrique du Nord. Sous la dictature franquiste, la frontière est fermée en 1969. En fin de compte, après seize ans de négociations, de résistance et d’isolation, la frontière est rouverte le 4 février 1985 à minuit.

Il est fortement déconseillé d’entrer à Gibraltar en voiture. Pour entrer, pas de problème. C’est pour sortir que ça coince, situation complexe due aux relations entre Londres et Madrid ! Munis de nos passeports, nous passons la frontière. L’espace Schengen n’a pas ici d’application !
Après la douane, des bus rouges à impériale font la navette vers la ville. On est déjà dans l’ambiance ! Nous prenons un bus jusqu’au centre-ville.
La ville de Gibraltar se concentre sous le Rocher, étalée en longueur au pied d’une paroi rocheuse. Sensation étrange. Emotions contradictoires. Il règne ici une curieuse atmosphère. Les voitures arborent leur plaque internationale « GBZ ». Enclave anglaise en terre andalouse, tout rappelle le Royaume-Uni : les bobbies, les pubs et les portraits d’Elisabeth II. Mais l’âme espagnole affleure partout.
La population est issue d’un vaste métissage, d'origine gibraltarienne, britannique, marocaine, espagnole, portugaise, italienne ou indo-pakistanaise.  Au moins 70 % de la population sont des Gibraltariens et parlent en principe l'anglais. Les Gibraltariens s'expriment dans la vie quotidienne en « yanito ». Il s'agit d'une langue mixte issue de l'espagnol andalou et de l'anglais. C'est la langue véhiculaire de tous les habitants du territoire (sauf pour les Britanniques).
Nous parcourons la rue principale, « Main Street », qui traverse toute la ville. Des fanions aux couleurs de la colonie bariolent la rue. Les drapeaux de Gibraltar et du Royaume-Uni sont omniprésents. A part cela, il n’y a rien à voir. 















Le point culminant du territoire est le Rocher de Gibraltar (rocher calcaire culminant à 426 m). On y accède par un téléphérique. On paye avec la monnaie locale, la livre de Gibraltar (l’euro et la livre sterling sont acceptés). On monte tout d’abord au sommet du rocher. Vue superbe d’où l’on se rend compte de l’importance stratégique du site. D’un côté le détroit légèrement noyé dans la brume, parcouru par navires et barges ; de l’autre la ville en contrebas, coincée entre la mer et le rocher. 















Un restaurant, inévitablement, s’est installé sur les lieux.
Deuxième arrêt à mi-chemin à la descente : Apes Den.
La majeure partie du Rocher est une réserve naturelle peuplée par environ 250 magots ou macaques de Barbarie. Amenés par les Arabes au IXe siècle, ce sont les seuls singes vivant à l’état sauvage en Europe.


Nous nous promenons à pied dans la « réserve naturelle » assez sale, il est vrai. Le climat méditerranéen favorise une végétation résistante de garrigue, maquis et pinède. Les singes sont familiers et assez voleurs, tourisme oblige !
Une série de chemins permet d’accéder à quelques sites à pied, notamment un ancien château mauresque, relique de l'occupation maure de Gibraltar, qui a duré 750 ans.
Vue sur le sommet ensoleillé dominant une mer de nuages.


Au retour, dans le téléphérique, Viviane a un malaise, dû à sa claustrophobie. Je l’allonge dans la cabine. Prévenus par téléphone, les secours nous attendent à la gare d’arrivée. Comme elle semble aller mieux, nous déclinons la proposition d’examen à l’hôpital. Les secouristes nous informent qu’il vaut mieux tomber malade ici que de l’autre côté de la frontière, car en Espagne toute intervention est payante !
Nous allons maintenant parcourir la ville : Main Street et  les  rues environnantes.
Nous nous reposons en prenant un pot sur une place, au nord de la ville, aux abords de Grand Casemates Square, autrefois la place des exécutions publiques. Nous nous dirigeons ensuite vers la frontière. Un dernier aperçu du Rocher avant qu’il ne soit noyé dans la brume.


La vie à Gibraltar n’est pas facile. La ville est malmenée par les vents et la brume. L’humidité se fixe sur le rocher et tombe de plein fouet sur les habitations.
Curieusement, la piste de l’aéroport coupe la route qui se dirige vers la frontière, situation due à l’exiguïté du territoire. Lorsqu’un avion atterrit, le passage est interrompu !

A 18h45, nous rejoignons le fourgon, à La Línea de la Concepción, en Espagne.
En direction de Tarifa, nous faisons une halte à hauteur du Punto del Cabrito. En face, de l’autre côté du détroit de Gibraltar, la côte marocaine et ses sommets ensoleillés. 


Tarifa est une petite ville entourée de murailles dont l’atmosphère rappelle l’Afrique du Nord. C’est la ville la plus venteuse d’Europe. Un zef régulier y souffle, faisant le bonheur des véliplanchistes. Nous sommes à la pointe extrême sud de l’Espagne (36° latitude nord).
Nous passons la nuit au camping Tarifa, à 5km au nord-ouest de la ville, ombragé, sous une belle pinède. Accès direct aux superbes plages.

Dimanche 29 septembre 2002

Nous revenons à Gibraltar pour midi. Décidément ! Qu’est-ce qui peut bien nous y attirer ? Les mythes ont la vie dure, dit le GdR.
Le casse-tête : où manger ? N’oublions pas que nous sommes en Angleterre ! Plusieurs snacks et fast-food servent tous le même genre de nourriture.  Nous optons pour des « fish and chips » en terrasse d’un restaurant, « The Angry Friar », sous les parasols. Juste en face, devant la résidence du gouverneur, les gardes font leur manège, avec baïonnettes et claquements de talons !
Nous parcourons à nouveau la ville, empruntons quelques rues parallèles à Main Street.

Retour en ESPAGNE.  
Nous allons maintenant remonter la côte méditerranéenne de la Costa del Sol jusqu’à Málaga.
La Côte du soleil ! En effet il ne manque pas (à peine 40 jours de mauvais temps par an !). Mais la manne touristique a transformé les petits ports de pêche en marinas, en parkings, et les plages sont devenues des alignements d’immeubles.
Depuis Málaga, nous bifurquons dans l’arrière-pays vers Antequera. Oliviers, aloès, chênes-lièges, chèvres et porcs, ruches, petits potagers : c’est l’Andalousie rurale, loin des circuits touristiques.
Nous atteignons dans la soirée Córdoba (Cordoue).
Nous nous installons à proximité de la ville au camping M. El Brillante, à 19h30, entièrement clos de murs, ombragé par des eucalyptus.

Lundi 30 septembre 2002

Le ciel est couvert ce matin. Tant mieux ! La balade en ville n’en sera que plus supportable.

Ah, Cordoue ! Ville symbole de tolérance, de fusion des cultures, d’harmonie réussie entre religions différentes.
Les Maures en font la capitale d’un vaste empire musulman. Cordoue rivalise par son faste avec Constantinople. Pendant près de trois siècles, une grande harmonie régnera entre les cultures musulmane, juive et catholique. Artistes et penseurs de l’Europe entière affluent à Cordoue. Philosophes, historiens, scientifiques partagent leur savoir.
Au Xe siècle, Cordoue est la cité phare de l’Europe. Puis vinrent les querelles intestines. En 1212, les troupes almohades sont écrasées par celles de Castille, d’Aragon et de Navarre. En 1236, la Castille s’empare de Cordoue. Les musulmans sont alors confinés dans le royaume de Grenade. Le dernier bastion musulman tombe en 1492. Alors commencera l’Inquisition…

Nous débutons notre visite par la tour de la Calahorra, de l’autre côté du pont romain, sur la rive gauche du Guadalquivir. C’est une grosse tour mauresque où a été installé une sorte de musée consacré à l’islam.


C’est Roger Garaudy, ancien membre du Parti communiste français, converti à l’islam, malheureusement négationniste, qui est à l’origine de cette fondation. A l’entrée, un casque à infrarouges avec sélecteur de langues nous est fourni. On parcourt les différentes salles avec les commentaires appropriés : présentation des mouvements de pensée des XIIe et XIIIe siècles espagnols ; discours de Maimonide, Averroès, Ibn al-Arabi, Alphonse X ; grandes inventions qui révolutionnèrent l’histoire ; magnifiques maquettes de l’Alhambra de Grenade et de la Mezquita de Cordoue. Les textes de Garaudy, exposant sa conception religieuse, sont poétiques, lyriques, émouvants. On en ressort tout chamboulés.
Sur la rive droite du fleuve, la Mezquita (mosquée-cathédrale) est un joyau architectural. On pénètre dans une incroyable forêt de colonnes de marbre. Il en subsiste 856.
Abd al-Rahman Ier racheta en 784 la basilique Saint-Vincent pour construire la plus grande mosquée du monde islamique. Son successeur l’agrandit de huit nefs transversales. Au XIIe siècle, on ajouta douze nefs.
On erre au milieu des colonnes. Le regard joue avec les perspectives et les alignements. Sensation d’infini…



Cœur de la mosquée, sommet du baroque arabe, le « mascura » est l’espace situé devant le « mihrâb », lieu le plus sacré de l’édifice.


Et, au centre, une cathédrale ! Erigée par Charles Quint au XVIe siècle (qui l’a regretté amèrement par la suite), elle jure au milieu de la Mezquita. On peut se consoler en pensant que sa construction a peut-être évité la destruction de la mosquée. Transept chargé contrastant avec la sérénité de l’architecture arabe : concentration de tous les styles de l’époque (gothique, Renaissance, plateresque et baroque). On peut y admirer de belles stalles sculptées en bois de Cuba.


Nous sortons de la Mezquita, époustouflés, par la cour des Orangers. Ces orangers auraient été plantés à l’époque d’Isabelle la Catholique. On aperçoit encore les canaux d’irrigation creusés par les Arabes. 














On  se balade maintenant dans la Judería, ancien ghetto juif, le quartier le plus ancien de la ville qui entoure la mosquée. Nous mangeons d’excellents tapas, dans un patio, à la « casa Pepe de la Judería » (une adresse dénichée dans le Routard).
On se perd encore dans le quartier : venelles biscornues aux façades blanches, ruelles ornées de pots débordant de fleurs et de plantes. 


La plaza de la Corredera est entourée d’immeubles avec bodegas. C’est déjà l’Orient.
Nous terminons la journée par une promenade sur les quais du Guadalquivir. On longe une multitude d’îles avec de vieux moulins arabes parmi les lauriers roses.
Nous sommes de retour au camping à 18h30. 

Mardi 1er  octobre 2002

Nous quittons Cordoue dans la matinée.
Le temps se gâte. C’est une pluie battante qui s’abat lorsque nous faisons halte pour manger à l’intérieur du Boxer.

L’après-midi, nous quittons l’Andalousie au défilé de Despeñaperros, immense canyon tortueux dans la serra Morena.
La communauté autonome de Castille-La Manche est l'héritière de la région historique de Nouvelle-Castille.
La Mancha est un pays plat et austère, à l’image de Don Quichotte, le héros de Cervantès.
Ici, l’écrivain a planté le décor de son célèbre roman « L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche ». Le premier tome fut publié en 1605 et le second en 1615.
Nous allons parcourir la Mancha sur la « route de Don Quichotte » et son serviteur Sancho Pança, hors de sentiers battus :
Argamasilla de Alba. La cave de Medrano est l’étrange prison où Cervantès aurait été détenu lorsqu’il entama son Don Quichotte. Version contestée. De toute façon, ce centre culturel est fermé. Il ne rouvre qu’à 17h. Nous sommes en Espagne !
Puerto Lápice. C’est dans l’auberge de ce village que Don Quichotte aurait été fait chevalier, sous le surnom du « chevalier à la Triste Figure », par le tavernier qu’il avait pris pour un grand seigneur. La « Venta del Quijote » est un truc hyper-touristique. Un bus est d’ailleurs stationné devant le site. L’endroit reste pourtant assez sympathique. Sculpture en fer forgé de l’hidalgo dans la cour de l’auberge, joli patio entouré de galeries, immenses cuves à vin blanc dans la salle de la bodega.















ConsuegraPetite ville pittoresque au pied d’une colline, également connue pour sa production de safran.
Superbe alignement de moulins à vent, joliment restaurés, baptisés de noms tirés du roman de Cervantès, aux abords d’un château fort du XIIIe siècle. On comprend pourquoi cet amoureux fou, pourfendeur de moulins, a pu les confondre avec une armée d’ennemis.



Nous visitons l’un de ces moulins qui abrite un office du tourisme. Belle vue sur la plaine environnante. Ciel gris un peu désolant.
- Campo de Criptana. La colline est couverte de moulins. Dans les villages de la Mancha, on discute encore pour savoir si Don Quichotte est passé par là et si les moulins du coin ont été ses adversaires…
El Toboso Au cœur de l’imaginaire de Cervantès.
C’est un village au cachet ancien, qui a inspiré le personnage de la Dulcinée du Toboso, la dame de cœur de l’hidalgo. Des citations de Don Quichotte fleurissent sur les murs du village. On peut même visiter la maison de Dulcinée ! Sur la place centrale, deux statues en fer forgé représentent Don Quichotte agenouillé aux pieds de Dulcinée.


Le soir, nous stationnons sur une colline à côté des moulins à vent de Mota del Cuervo. L'ensemble des moulins à vent qui flanque le village en haut de la colline se distingue par sa majesté. C’est un  balcon duquel se penchent les moulins vers le vaste horizon. Nous allons passer la nuit, isolés, sur cette colline aride. L’ombre de Don Quichotte plane encore dans nos esprits... 

Mercredi 2 octobre 2002 

Le matin, nous sillonnons en voiture Belmonte, vieux village fortifié aux maisons blanches et aux ruelles étroites. 
Don Quichotte y triompha pour une fois du chevalier aux Miroirs qui avait eu le front de soutenir que sa Casildée était plus belle que Dulcinée !

Nous entreprenons notre trajet de retour : nous quittons la Mancha, traversons l’Aragon et nous rejoignons  la route par laquelle nous sommes arrivés il y a deux semaines. Peu à peu la végétation change. Contournant Saragosse, nous arrivons en Catalogne par Lérida.

A 18h45, nous atteignons le camping où nous avions passé la nuit il y a deux semaines, près d’Artesa-de-Segre. Il n’y a plus aucun campeur. La brume monte dans le sous-bois. 


Le restaurant du camping, par contre, est encore ouvert. Nous y mangeons des grillades, préparées au feu de bois pour nous seuls. 

Jeudi 3 octobre 2002

La chaîne des Pyrénées s’impose en toile de fond.
Nous roulons jusqu’en ANDORRE

La première constitution de l'Andorre a été adoptée par référendum le 14 mars 1993. Cette adoption consacre de fait l'indépendance du pays et son entrée à l'Organisation des Nations Unies. L'Andorre devient une coprincipauté parlementaire, héritage lointain du paréage de 1278 entre l'évêché d'Urgell et le comte de Foix.

A 11h45, nous faisons halte pendant une heure à  ANDORRA-LA-VELLA.
Nous parcourons à pied l’avenue Meritxell, une des deux avenues principales de la conurbation.
En 2002, les pièces et billets libellés en francs français ou pesetas espagnoles ont été remplacés par l’euro, la nouvelle monnaie officielle de facto en Andorre. La Principauté d'Andorre ne dispose d'aucun accord monétaire bilatéral avec l’Union européenne pour son usage de l’euro, contrairement à Monaco, à Saint-Marin et au Vatican.

Nous retournons en Espagne, jusqu’à La Seu d'Urgell 
La Cerdagne est partagée entre la France et l’Espagne. Ça date de 1660…
Nous longeons la serra del Cadi, faisons une halte pour manger dans le Boxer.
C’est à Puigcerdà, petite capitale de la Cerdagne, que nous passons en France.

Nous arrivons à 18h40 chez nos amis Claudine et Raymond, à Ceyras, dans l'Hérault. Nous y retrouvons notre chien Oscar. Nous serons de retour à Argentat, en Corrèze, samedi 5 octobre après 5800 km de voyage.


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